Sortir de l’électrohypersensibilité : retrouver des marges de liberté

Lorsque je suis devenu électrohypersensible, il y a maintenant de nombreuses années, j’étais loin d’imaginer où cette expérience allait me conduire. À l’époque, les symptômes avaient pris une place considérable dans ma vie : maux de tête, fatigue chronique, troubles du sommeil, arythmies cardiaques… J’avais passé des années dans un environnement professionnel fortement exposé, notamment avec plusieurs téléphones DECT autour de moi, dans un bâtiment industriel métallique, sans faire le lien entre cet environnement et ce que je ressentais.

Lorsque j’ai commencé à comprendre, puis à mesurer ce qui m’entourait, beaucoup de choses ont progressivement pris sens.

Mais si je devais aujourd’hui transmettre un seul message à une personne électrohypersensible qui ouvre cet article de blog, ce ne serait pas : « protégez-vous des ondes ».

Ce serait plutôt :

Ne considérez jamais que tout est joué. Il existe énormément de choses à essayer, à modifier et à comprendre pour retrouver progressivement des marges de liberté.

C’est en tout cas ce que mon parcours m’a appris.

 

Commencer par comprendre ce que l’on subit

Face aux ondes électromagnétiques, notre première difficulté est leur invisibilité. On peut ressentir quelque chose sans savoir ce qui nous affecte réellement. On peut aussi finir par suspecter tout ce qui nous entoure et entrer progressivement dans une logique de peur.

La mesure a été pour moi un outil extraordinaire pour sortir de cette situation.

Un appareil de mesure ne résout pas un problème à lui seul. Mais il permet de rendre visible l’invisible, d’identifier les principales sources, de comparer deux situations et surtout de vérifier si une action que l’on entreprend produit réellement l’effet recherché.

C’est pour cette raison que j’ai fait de cette démarche une grande partie de mon métier : comprendre, mesurer, agir, puis mesurer de nouveau.

Et les solutions sont nombreuses.

Parfois, il suffit d’éloigner une source. Parfois, de supprimer un téléphone DECT, de désactiver un Wi-Fi ou de privilégier une connexion Ethernet. On peut modifier l’emplacement d’un lit, couper certains circuits électriques la nuit, supprimer une source inutile, travailler sur la mise à la terre d’une installation, réduire les champs électriques de basse fréquence, filtrer certaines perturbations présentes sur le réseau électrique.

Lorsque les sources viennent de l’extérieur et ne peuvent pas être supprimées, les solutions de blindage peuvent à leur tour devenir extrêmement efficaces : peintures, tissus, rideaux, films pour vitrages, baldaquins…

Il n’existe donc pas une solution contre les ondes. Il existe une boîte à outils.

L’essentiel est d’apprendre à choisir le bon outil pour le bon problème.

 

Ne pas chercher nécessairement la perfection

Avec l’expérience, j’ai aussi appris quelque chose d’important : vouloir atteindre absolument « zéro onde » peut devenir un piège.

L’objectif est d’abord de retrouver des conditions dans lesquelles on peut vivre.

Une solution n’a pas besoin d’être parfaite sur le papier pour être une excellente solution dans la vie réelle. Une réduction suffisante d’une exposition peut parfois permettre de retrouver le sommeil, de diminuer certains symptômes ou simplement de recommencer à utiliser une pièce dans laquelle on ne pouvait plus rester.

Il faut donc avancer progressivement.

Commencer notamment par l’endroit où nous passons plusieurs heures chaque nuit me paraît souvent essentiel. Le sommeil est une période majeure de récupération. Créer une chambre électromagnétiquement calme constitue donc, pour beaucoup de personnes, une première étape particulièrement intéressante.

Concrètement, je m’appuie sur le standard de la biologie de l’habitat (SBM 2015) et je vise idéalement 0,061 V/m dans les zones de repos, ce qui correspond environ à 10 µW/m², soit le maximum de la faible anomalie, et bien entendu mieux si j’y arrive, d’autant que je me souviens que mon seuil de réaction de l’époque était de 0,030 V/m ! C’est pour moi la première étape majeure.

Puis j’élargis.

Le bureau. Les espaces de vie. Les appareils utilisés quotidiennement. Les sources provenant de l’extérieur.

Et surtout, on observe.

Électrohypersensibilité : pourquoi je refuse le fatalisme - détecteur d'ondes Safe and Sound Pro 2

 

 

Une solution qui convient à l’un ne conviendra pas nécessairement à l’autre

C’est probablement l’une des grandes leçons de toutes ces années passées à chercher des solutions pour moi-même puis à accompagner d’autres personnes.

Nous sommes différents.

Une personne peut ressentir essentiellement certaines ondes de hautes fréquences. Une autre sera très gênée par les champs électriques ou champs magnétiques de basse fréquence. Une autre encore réagira fortement à certaines perturbations conduites par le réseau électrique d’électricité sale, en plus du reste. Plusieurs phénomènes peuvent naturellement se cumuler.

C’est pourquoi je me méfie aujourd’hui des phrases qui commencent par :

« Il suffit de… »

Il suffit de couper le Wi-Fi.
Il suffit de mettre une peinture.
Il suffit d’acheter tel appareil.

Non.

Il faut chercher.

Il faut apprendre à observer son environnement, son corps, ses réactions. Il faut mesurer ce qui peut être mesuré, essayer lorsque c’est possible, comparer l’avant et l’après et conserver suffisamment d’humilité pour reconnaître que ce qui fonctionne merveilleusement pour une personne ne produira pas nécessairement le même résultat chez une autre.

L’objectif est progressivement de devenir autonome.

 

Et surtout : les ondes ne sont pas tout

C’est probablement le point sur lequel mon regard a le plus évolué.

Lorsque l’on devient électrohypersensible, les ondes peuvent prendre tellement de place qu’elles finissent par envahir toute notre représentation du monde.

On cherche les antennes. On regarde les téléphones des voisins. On repère le Wi-Fi. On analyse les compteurs, les voitures, les appareils connectés…

Une partie de cette vigilance peut être nécessaire pour comprendre et corriger son environnement.

Mais il faut aussi, à un moment, recommencer à regarder le reste du monde.

L’hygiène électromagnétique fait pour moi partie d’une hygiène de vie beaucoup plus globale.

Je fais attention à l’eau que je bois. J’ai appris à ralentir. Je pratique la méditation, la cohérence cardiaque, quelques exercices de yoga. Je me suis également intéressé à différentes approches complémentaires et énergétiques qui ont eu une place dans mon propre parcours. Je prends du temps avec ma famille, avec ceux que j’aime, avec mon chat aussi ! J’essaie de profiter des paysages lorsque je conduis plutôt que de considérer chaque déplacement comme du temps perdu.

Ce sont de petites choses, mais leur somme change considérablement une vie.

Et je tiens beaucoup à préciser qu’il s’agit de mon chemin. Chacun doit trouver le sien.

Ce qui m’a aidé n’est pas une ordonnance à reproduire.

 

Passer de « je subis » à « je peux agir »

Il y a quelques années, lorsque mes symptômes étaient particulièrement importants, j’ai connu moi aussi des périodes où l’avenir me paraissait singulièrement bouché.

J’avais notamment le désir d’avoir un enfant, mais mon état me faisait penser que je ne serais peut-être jamais capable de l’élever. Je me demandais même quel sens cela aurait d’avoir un enfant si je n’étais pas certain de pouvoir être là pour lui.

Puis les choses ont changé.

Pas en une journée. Pas grâce uniquement à un produit miracle.

J’ai modifié mon environnement, quitté certaines situations qui ne me convenaient plus, expérimenté, cherché des solutions, changé mon mode de vie et accepté aussi de me faire aider.

Progressivement, les choses se sont améliorées.

J’ai finalement eu une fille, dont la présence est aujourd’hui l’une des grandes joies de ma vie. Je travaille dans un domaine qui me passionne. Lorsque je pars faire un diagnostic chez un client, je dis parfois à ma fille que « je vais me promener », parce que j’ai réellement la sensation d’avoir construit une activité qui me permet de profiter de ma journée tout en essayant d’être utile aux autres.

Ma vie n’est évidemment pas parfaite.

Mais elle est redevenue une vie que j’aime vivre.

Et c’est peut-être le témoignage le plus important que je puisse apporter dans cet article.

Électrohypersensibilité : pourquoi je refuse le fatalisme - Application de la peinture anti-ondes pour la réalisation d'un blindage.

Refuser le fatalisme

Je rencontre régulièrement des personnes électrohypersensibles qui ont entendu des discours extrêmement pessimistes sur leur avenir.

Je comprends leur peur.

Mais je refuse le fatalisme.

Nous ne maîtrisons évidemment pas tout et je me garderai bien de promettre à quiconque une guérison. En revanche, nous avons très souvent des leviers d’action.

Et il y en a beaucoup plus qu’on ne l’imagine lorsque l’on commence ce parcours.

Améliorer son environnement électromagnétique. Retrouver un sommeil réparateur. Modifier certains usages technologiques. Améliorer plus globalement son environnement et son hygiène de vie. Apprendre à reconnaître ce qui nous fait du bien ou du mal. Se faire accompagner lorsque c’est nécessaire. Tester. Observer. Ajuster.

Et puis, surtout, continuer à vivre.

L’électrohypersensibilité ne devrait pas devenir notre identité.

Elle constitue forcément au départ une épreuve. Elle peut aussi évoluer pour devenir une formidable invitation à mieux comprendre notre environnement, notre corps, nos besoins et finalement la manière dont nous souhaitons vivre. Et accessoirement, quand on l’a compris, cette hypersensibilité nous a peut-être sauvés d’une mort précoce ou d’un AVC, la douleur nous prévenant d’un besoin impérieux de changement… Ce que j’appelais à un moment mon « super-pouvoir »…

 

Retrouver l’enthousiasme

C’est peut-être le mot par lequel j’aimerais terminer : enthousiasme.

Lorsqu’on souffre, parler d’enthousiasme peut sembler décalé. Pourtant, je crois profondément à la nécessité de conserver cette petite porte ouverte vers les possibles.

Il y a encore quelque chose à essayer.
Quelque chose à comprendre.
Une solution à laquelle nous n’avons pas pensé.
Une personne qui pourra peut-être nous aider.
Une modification toute simple de notre quotidien.

Électrohypersensibilité : pourquoi je refuse le fatalisme - Mesure avant et après d'un blindage électromagnétique par Bruno Geissert

Et parfois, après avoir passé beaucoup de temps à chercher comment aller moins mal, arrive un moment où l’on peut recommencer à se demander :

 

Qu’est-ce qui pourrait me faire aller bien ?

Ce n’est plus tout à fait la même question.

Aujourd’hui, une grande partie de ce que j’ai appris en cherchant des solutions pour moi-même, je le partage à travers Geotellurique, les formations que j’anime, les diagnostics que je réalise et les nombreuses conversations que j’ai avec des personnes en difficulté.

Je ne cherche pas à leur donner ma recette.

J’essaie de leur transmettre des connaissances et des outils qui leur permettront de construire la leur.

Parce qu’au bout du compte, le plus beau résultat n’est peut-être pas de réussir à protéger quelqu’un.

C’est de lui permettre progressivement de retrouver suffisamment de confiance, de compréhension et d’autonomie pour reprendre sa vie en main.

Alors, à toutes les personnes électrohypersensibles qui liront ces quelques lignes, j’aimerais simplement dire :

Cherchez, mesurez, expérimentez, faites-vous aider, restez curieux et ne renoncez pas trop vite. Il existe de très nombreux chemins pour améliorer une situation. Trouvez progressivement celui qui vous convient.

Et lorsque les ondes auront enfin repris une place raisonnable dans votre existence, n’oubliez pas le principal :

Profitez de la vie.

Électrohypersensibilité : pourquoi je refuse le fatalisme - Profitez de la vie.

Avec l’espoir que chacun puisse, à sa manière, retrouver le plaisir de vivre pleinement.

Bruno Geissert
Co-gérant de Geotellurique.fr